Il y a des sons que l’on reconnaît instinctivement, même sans vraiment savoir d’où ils viennent. Dans les cours d’école de Plogastel-Saint-Germain, il n’est pas rare d’entendre, entre deux éclats de rire, des mots bretons s’inviter dans la bande des copains : Petra zo ? Mat an traoù ? Même si cette langue n’est plus la langue quotidienne de la majorité, elle reste bien vivante, portée par des adultes passionnés, des enseignants engagés, et de précieux dispositifs locaux.
Comment, concrètement, notre commune soutient-elle l’apprentissage du breton à l’école ? Quelles initiatives, petits et grands moyens, sont mis en œuvre pour transmettre ce patrimoine ? Voici un tour d’horizon des actions municipales, appuyé par des chiffres, des projets, et quelques échos recueillis au détour des classes et des sorties scolaires.
À l’échelle du Finistère, on comptait à la rentrée 2023 plus de 19 000 élèves à suivre un enseignement du breton sous une forme ou une autre (source : Office Public de la Langue Bretonne – OPLB). La scolarisation bilingue (français-breton) a progressé spectaculairement en 30 ans.
Plogastel-Saint-Germain n’accueille pas (encore) de filière Diwan sur place. Mais la commune, soucieuse de transmettre cette richesse, s’appuie sur plusieurs leviers pour accompagner l’apprentissage du breton, de l’école publique au tissu associatif, en passant par des initiatives ponctuelles soutenues, voire initiées, par la mairie.
À Plogastel, ce sont principalement les dispositifs d’initiation au breton à l’école primaire qui sont présents, mais ils s’inscrivent dans une dynamique plus large portée par la communauté éducative, la commune et les parents.
Même sans filière bilingue sur sa commune, Plogastel joue un rôle discret mais essentiel pour permettre aux enfants d’accéder au breton dès l’école. Voici comment :
Depuis 2019, l’école publique Georges-Merlio propose à ses élèves une sensibilisation hebdomadaire au breton sous la forme d’ateliers animés par une intervenante de l’OPLB ou du centre culturel breton Ar Vro Vigoudenn. Ces ateliers sont ouverts de la Petite Section au CM2 et concernent cette année (2023-2024) 58 enfants, soit près de 57 % des effectifs de l’école.
Au programme :
Détail marquant : en juin 2023, lors de la kermesse, une classe de CE1 a proposé un conte bilingue issu du répertoire bigouden. Plusieurs familles ont salué le fait que leurs enfants rapportent spontanément à la maison des mots bretons, créant ainsi des ponts inattendus avec les grands-parents, parfois eux-mêmes anciens locuteurs.
Au-delà de l’école, plusieurs associations contribuent à la vitalité du breton sur la commune :
Ancrage local : chaque automne, la foire à la pomme du village accueille le stand de Skol Diwan Bro Gerne, permettant aux familles de découvrir ce qu’implique, concrètement, la scolarisation bilingue ou immersive.
Un point souvent méconnu : 30 % des familles dont un enfant suit une initiation ou une scolarisation partielle en breton ne parlent pas elles-mêmes la langue (étude OPLB, 2021). Mais la dynamique communautaire change la donne : beaucoup d’adultes découvrent, redécouvrent ou « réadoptent » des mots entendus étant enfants ou chez les aïeux, grâce aux retours enthousiastes de leurs enfants scolarisés localement.
L'école et la commune soutiennent cette dimension : projections de courts-métrages en breton au printemps, ateliers parent-enfant de chant ou de cuisine bigoudène où l’on revalorise le vocabulaire local, distribution trimestrielle d’un lexique « maison » pour aider les familles à suivre et encourager leur enfant dans l’apprentissage.
Face à l’engouement croissant pour la langue bretonne, plusieurs pistes d’évolution sont à l’étude, en concertation entre commune, écoles et parents d’élèves :
Preuve d’attractivité : lors du dernier Forum des associations, le stand dédié à l’apprentissage du breton n’a pas désempli de la journée, et des projets de tandem entre aînés et familles nouvellement arrivées ont émergé, créant un lien supplémentaire dans le tissu local.
Ce qui ressort de la situation à Plogastel, c’est peut-être ce fil discret mais constant : la langue bretonne n’est pas une relique, elle se réinvente et se transmet, chaque semaine, dans les rires d’une cour d’école, sur la scène d’une kermesse ou lors d’une veillée contée. L’appui de la commune, sans ostentation, mais bienveillant, permet à cette transmission de s’incarner dans le quotidien des familles, et de laisser l’espoir que, longtemps après l’école, le breton fera encore vibrer les chemins de Plogastel.
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