L’air du changement souffle sur Plogastel-Saint-Germain

Petit bourg, grands enjeux. Entre le beurezh du marché et les chemins creux bordés de talus, Plogastel-Saint-Germain, commune fière de ses paysages et de son caractère rural, voit le quotidien de ses habitants évoluer. À l’heure où l’on réfléchit partout à limiter son impact sur l’environnement – Ar bed a cheñch, n’eo ket gwir ? (Le monde change, n’est-ce pas ?) – Plogastel, à sa façon, explore de nouveaux modes de déplacements, plus doux, plus écologiques, et parfois plus conviviaux.

Mais quelles alternatives s’offrent aujourd’hui à ceux qui souhaitent troquer la voiture individuelle ? Petit tour d’horizon, chiffres à l’appui, des solutions en place et des initiatives locales, entre aspirations collectives et efforts encore à amplifier.

À pied et à vélo : (re)découvrir la campagne autrement

Des chemins de randonnée à foison

La population plogastelloise peut d’abord compter sur un réseau de sentiers, entretenu pour les marcheurs, trailleurs et promeneurs de tout âge. Avec près de 50 kilomètres de circuits balisés recensés par la Mairie (source : site officiel), difficile de ne pas trouver son bonheur. Chaque village et chaque hameau s’ouvrent par des petites routes ou des voies vertes (souvent des chemins agricoles ou anciens chemins communaux).

  • La Boucle de Quélen (9 km) : idéale pour relier le bourg, Plonivel, Quélen, Kervéguen (cheminement praticable aux VTC).
  • Le sentier le long du Jet : à l’ombre des arbres, parfait pour une balade familiale ou une course matinale.
  • Chemins de traverse vers Plovan, Mahalon ou Landudec, pour joindre les villages voisins à pied ou à vélo.

La campagne se prête donc à la mobilité douce… à condition de prendre le temps et de composer avec la météo et les montées en Kergonan !

Le vélo : une progression lente, mais réelle

Malgré une topographie vallonnée et l’absence de grandes pistes cyclables traversantes, le vélo gagne du terrain. Les chiffres du recensement 2019 (Insee) montraient seulement 2 % des déplacements domicile-travail à vélo à Plogastel. Mais la tendance évolue, portée par :

  • La hausse du vélo à assistance électrique (VAE : +20 % de ventes annuelles en France en 2023 – source : France Vélo Tourisme).
  • L’entretien régulier et la ré-ouverture de chemins « carrossables » à vélo, par la municipalité et les associations locales comme le Comité des Fêtes de Trésiguidy.
  • La proximité des grands itinéraires, dont la Véloroute Voie Verte n°5 (V5 : de Roscoff à Nantes), qui passe à quelques kilomètres de Plogastel via Plozévet et Plonéour-Lanvern.

Depuis 2022, la Communauté de communes du Haut-Pays Bigouden, dans laquelle s’inscrit Plogastel, a inscrit dans ses priorités la création d’axes cyclables pour connecter les communes entre elles (source : CCHPB). Les premières études visent à relier Plogastel à Pouldreuzic et Landudec par des bandes de roulement partagées et des aménagements doux.

Covoiturage et autopartage : la solidarité au volant

Le covoiturage en zone rurale, une évidence qui progresse

À Plogastel comme ailleurs en campagne, la voiture reste prédominante. Plus de 90 % des actifs utilisent leur voiture pour aller travailler (Insee, 2019). Mais la solidarité a toujours existé ici : on ramasse les enfants du voisin pour l’école, on embarque la voisine pour le marché du mardi… Ces pratiques informelles coexistent avec de nouveaux outils numériques qui facilitent l’organisation du covoiturage.

  • OuestGo (Plateforme mutualisée régionale) permet de proposer ou de chercher un trajet partagé. Plogastel y comptait près de 80 membres en 2024, contre à peine 30 en 2020.
  • L’initiative Covoit’ici lancée en Cornouaille encourage la création d’arrêts dédiés, mais le plus proche reste celui de Pluguffan, à renforcer côté Plogastel.

La Communauté de communes étudie également la création d’un parking de covoiturage sur l’axe D784, bien utile pour ceux qui travaillent à Quimper ou Pont-l’Abbé.

L’autopartage : vers de nouvelles solutions

Un projet pilote d’autopartage de véhicules électriques a débuté en 2023 dans le Haut Pays Bigouden, porté par la société Citiz et la CCHPB. Si la première borne a été installée à Plonéour, la municipalité de Plogastel est candidate pour accueillir ce type d’offre, en discussion pour 2024-2025. Ce service permettrait à tous (jeunes, personnes âgées, familles avec un seul véhicule) de réserver une voiture ponctuellement, réduisant ainsi le nombre de véhicules individuels.

  • Un sondage réalisé par la mairie en février 2024 a montré que 42 % des répondants seraient intéressés par l’utilisation occasionnelle d’un véhicule partagé pour des déplacements vers Quimper ou Douarnenez.
  • L’enjeu reste de constituer une base d’abonnés suffisante pour rentabiliser le dispositif, tout en maintenant une grille tarifaire abordable.

Transports en commun : une offre à renforcer

Lignes régulières, scolaires et transport à la demande

Plogastel-Saint-Germain n’est pas directement desservie par le réseau QUB (Quimper Bretagne Occidentale), ni par une gare, comme beaucoup de villages bigoudens. Toutefois, quelques options sont possibles :

  • La ligne BreizhGo 56 (Quimper – Pont-l’Abbé – Audierne) s’arrête à Landudec, à 8 km, et à Plonéour-Lanvern.
  • Transports scolaires vers Quimper, Pont-Croix, Plonéour… utilisés quotidiennement par plus de 140 élèves du secteur, selon le Conseil Départemental.
  • Transport à la Demande (TAD) BreizhGo, ouvert à tous. Il permet de réserver un minibus du lundi au vendredi, entre Plogastel et les centres-bourgs voisins. En 2023, près de 350 trajets ont été enregistrés depuis Plogastel, soit +15 % en un an (source : BreizhGo).

Les demandes d’amélioration concernent la fréquence et la souplesse des horaires, ainsi que la possibilité de transporter vélos ou trottinettes à bord.

La voiture électrique en milieu rural : un vrai potentiel

Plogastel ne se dérobe pas à la transition écologique du parc automobile. Selon Enedis, le taux d’équipement en véhicules électriques dans le Haut-Pays Bigouden a progressé de 28 % en 2023. Le premier point de recharge public se trouve auprès de la salle polyvalente, géré par Sydela (syndicat départemental de l’énergie).

  • Recharge lente (7 kW – idéale pour les résidents, gratuite la nuit jusqu’en 2022, depuis payante au kWh).
  • Deux bornes de recharge sont à l’étude sur la zone de Kerdroual (projet 2024-25).

Plusieurs ménages ont fait le choix d’acheter un véhicule électrique, notamment avec la prime à la conversion, et l’on commence à voir quelques Zoe et Spring dans les parkings du bourg les jours de marché. Un dynamisme qui s’accompagne d’ateliers d’initiation, proposés l’hiver dernier avec l’association « Bigouden Mobilité ».

Initiatives citoyennes et associatives : quand la mobilité devient collective

Au-delà des infrastructures, ce sont souvent les habitants eux-mêmes qui inventent des solutions adaptées :

  • L’association Plogastel Nature organise chaque printemps l’atelier « Vélos en fête », où l’on apprend à réparer son vélo, à bien s’équiper, et à reconnaître les itinéraires les plus sûrs pour les enfants.
  • Les Aînés du Club de l’Amitié mettent en place, depuis 2022, un dispositif de transport solidaire pour ceux qui ne conduisent plus. Quinze bénévoles proposent des trajets pour rejoindre le marché, des rendez-vous médicaux ou la bibliothèque.
  • Bigouden Mobilité, basée à Pouldreuzic mais active sur tout le secteur, expérimente le prêt de vélos à assistance électrique. Elle a équipé 10 familles de Plogastel en 2023, avec un taux de satisfaction de 92 %.

Les initiatives ne manquent pas, témoignant du dynamisme et de la créativité des habitants pour imaginer la mobilité de demain.

Un territoire en transition, des défis à relever

Du sentier de randonnée à l’atelier vélo partagé, en passant par l’émergence du covoiturage et l’ambition d’un service d’autopartage électrique, Plogastel-Saint-Germain se cherche et se construit une identité nouvelle en matière de mobilités.

Des obstacles demeurent :

  • Le besoin d’infrastructure sécurisée pour circuler à vélo, notamment entre les villages et le bourg.
  • L’offre de transport en commun, encore limitée en fréquence et en desserte directe.
  • L’accès aux outils numériques pour les aînés ou les publics les plus éloignés.
  • Un nécessaire changement de cultures et d’habitudes, qui prendra du temps.

Mais l’atout principal de Plogastel, c’est son tissu social. Ici, l’entraide, le goût des initiatives et la passion du territoire ouvrent la voie aux mobilités de demain, dans le respect de l’environnement et d’un certain art de vivre. À l’image de la devise bretonne inscrite sur un vieux banc : Kenderc’hel a raio : « On continue ! »

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